À l’occasion de sa 80ᵉ édition, le Festival d’Avignon met la langue et la création coréennes à l’honneur. Fidèle à sa vocation d’ouverture sur le monde, ce rendez-vous majeur du spectacle vivant célèbre son anniversaire en favorisant le dialogue entre les cultures et les formes artistiques contemporaines.
Chaque mois de juillet, Avignon cesse d’être une simple cité historique pour devenir l’une des capitales mondiales du spectacle vivant. Pendant près de trois semaines, ses rues, ses places, ses cours d’école, ses chapelles et ses théâtres accueillent des milliers d’artistes, de professionnels et de spectateurs venus du monde entier. Créé en 1947 par Jean Vilar, le Festival d’Avignon s’est imposé comme l’un des plus grands rendez-vous internationaux consacrés au théâtre et aux arts de la scène.
Cette année revêt une dimension particulière puisque le festival célèbre sa 80ᵉ édition, un anniversaire qui témoigne de la longévité et du rayonnement d’un événement devenu incontournable dans le paysage culturel européen.

Le IN et le OFF : deux festivals qui n’en font qu’un
Le Festival d’Avignon se compose de deux manifestations complémentaires.
Le Festival IN, dirigé par Tiago Rodrigues, propose une programmation officielle composée d’œuvres sélectionnées pour leur ambition artistique et leur capacité à interroger les grands enjeux contemporains. Les représentations investissent des lieux emblématiques, notamment la Cour d’honneur du Palais des Papes, mais également plusieurs sites patrimoniaux de la ville.
À ses côtés, le Festival OFF constitue aujourd’hui l’un des plus grands rassemblements de compagnies de théâtre au monde. Né en marge de la programmation officielle, il accueille chaque année plus d’un millier de compagnies qui présentent des spectacles de théâtre, de danse, de cirque, d’humour ou encore de jeune public. Cette diversité transforme Avignon en une immense scène ouverte où chacun peut construire son propre parcours culturel.
Cette vitalité artistique s’accompagne toutefois de difficultés régulièrement soulignées par les compagnies participantes. Le coût élevé de la location des salles de spectacle et des hébergements représente un défi financier important, en particulier pour les structures indépendantes et les jeunes compagnies.
Cette coexistence entre programmation officielle et création indépendante fait toute la singularité du Festival d’Avignon. Le public peut ainsi assister à une création internationale dans le cadre du IN avant de découvrir, quelques rues plus loin, les propositions plus expérimentales du OFF.

Une 80ᵉ édition tournée vers la Corée
Depuis son arrivée à la direction du festival, Tiago Rodrigues a souhaité mettre chaque année une langue à l’honneur afin de favoriser les échanges artistiques internationaux.
Après l’anglais, l’espagnol puis l’arabe, le coréen est la langue invitée de cette 80ᵉ édition. Cette programmation met en lumière la richesse de la création coréenne contemporaine à travers le théâtre, la danse et les arts traditionnels revisités. Elle permet également au public français de découvrir une scène artistique souvent moins connue que le cinéma ou la K-pop, pourtant particulièrement dynamique dans le domaine du spectacle vivant.
Cette invitation s’inscrit dans le développement des échanges entre le Festival d’Avignon et plusieurs institutions culturelles coréennes, notamment le Seoul Performing Arts Festival, avec lesquelles des collaborations artistiques ont été développées ces dernières années.

Le théâtre, un miroir des sociétés française et coréenne
La mise à l’honneur de la Corée invite également à comparer la place du théâtre dans les deux pays.
En France, le théâtre s’inscrit dans une tradition de service public héritée de Jean Vilar. Il est conçu comme un espace de création, de transmission et de débat accessible au plus grand nombre. Les scènes nationales, les centres dramatiques et les festivals contribuent à cette ambition de démocratisation culturelle.
En Corée du Sud, le spectacle vivant connaît également un fort dynamisme. Si le pays est mondialement reconnu pour son cinéma, ses séries télévisées et son industrie musicale, sa scène théâtrale se distingue par une grande diversité de formes artistiques. Des pratiques traditionnelles comme le pansori ou le nongak dialoguent aujourd’hui avec des créations contemporaines, le théâtre documentaire ou les performances visuelles. Les comédies musicales occupent une place plus importante dans le paysage culturel coréen et connaissent un succès croissant auprès du public.
Malgré des histoires et des modèles culturels différents, la France et la Corée du Sud partagent une même conviction : le théâtre demeure un espace privilégié pour raconter une société, interroger son histoire et favoriser le dialogue entre les cultures.

Notre regard sur les spectacles
1 DEGREE CELSIUS
Avec 1 Degree Celsius, la chorégraphe Sung Im Her ne cherche pas à séduire le spectateur. Elle propose une expérience presque organique, où le mouvement semble naître naturellement des corps plutôt que d’être démontré. Les sept danseurs évoluent comme un même organisme, rappelant parfois un banc de poissons dont chaque infime déviation modifie instantanément la trajectoire du groupe. Puis l’équilibre se rompt : un interprète s’immobilise, tente de retrouver le rythme collectif, mais n’emprunte plus la même direction que les autres. Peu à peu, cette différence se propage, désorganise les trajectoires avant de laisser émerger une nouvelle forme d’harmonie. Sans jamais illustrer de manière littérale le dérèglement climatique, la chorégraphie fait ressentir avec finesse qu’une variation infime peut transformer l’ensemble d’un écosystème. Plus qu’une démonstration, 1 Degree Celsius est une invitation à observer comment un collectif absorbe le changement, s’adapte et trouve, malgré les perturbations, une nouvelle manière d’exister : « comment l’art peut-il provoquer des changements autour de nous ? ».
J’ai l’impression que la réponse de Sung Im Her est justement de ne pas chercher à convaincre par un discours. Elle ne montre pas le réchauffement climatique ; elle le fait éprouver. Le spectateur ressent physiquement le déséquilibre, puis la réorganisation du groupe. C’est une approche assez caractéristique de nombreuses créations contemporaines coréennes : plutôt que d’expliquer une idée, elles privilégient l’expérience sensible et laissent au public la liberté d’en construire le sens.
KIN: YEONHEE PROJECT I
En coréen, le mot Yeonhee désigne une forme d’art vivant vieille de plusieurs siècles, qui mêle danse, cirque et percussions : autant de disciplines qui se croisent dans les spectacles de Liquid Sound. Depuis plus de dix ans, cette compagnie, qui rassemble des artistes de tous horizons, s’emploie à faire vivre cet art traditionnel au présent, assumant d’en faire une relecture libre, absolument contemporaine et bien souvent électrique.
Les décors étaient justes et épurés, les costumes magnifiques et plein de sens, et les artistes étaient au service des instruments et des sentiments.
Leur interprétation nous a permis une évasion d’une heure, dans un monde poétique et envoûtant. Déroutant par moments, je pense qu’il n’était pas nécessaire de comprendre factuellement ce qu’il se passait, mais juste de ressentir, et à ce moment-là, tout devenait clair.
NO DATING
Yujin, quadragénaire coréen fatigué par une succession d’échecs amoureux cherche à comprendre pour il est difficile de tomber amoureux, et d’être aimé en retour. NO DATING est une comédie douce-amère sur la solitude contemporaine, l’attente et le courage d’espérer encore.
La pièce nous a touché par sa transparence : le personnage de Yujin est tel qu’il est, parfois tendre, parfois drôle et aussi maladroit, il reste à chaque étape de son parcours, authentique dans son humanité, ce qui fait qu’on se reconnait en lui. Coréen ou français on s’est tous questionné au moins une fois de la même manière sans forcément trouver de réponse. Il faut du courage pour continuer à vouloir tomber amoureux, s’ouvrir aux autres et rester vulnérable dans un monde qui éloigne les rapports humains et où la violence est pourtant partout. Mais dans tous les cas, un bon karaoké, un verre de soju, et l’espoir revient !
QUAND NOUS CHANTIONS
L’histoire commence avec EDDY, un producteur de KPOP au passé semé d’embuches. Face à un évènement ses souvenirs reviennent pour éclairer le présent du groupe de Kpop PARAGON, à la lumière d’un ancien trio MUSETELIC.
QUAND NOUS CHANTIONS est un musical joué et chanté en live par les étudiants de l’université de SHINHAN en Corée du Sud. C’est visuellement un vrai « K-drama » sur scène entrecoupé de chansons originales de KPOP dansées en live. On a été surprises par les qualités vocales des acteurs ainsi que la beauté de certains tableaux qui mène une histoire sensible jusqu’à la fin, comme un début de rêve. Le musical est labellisé par le programme des « 140 ans d’amitié France – Corée » et a tenu pendant tout le festival des ateliers de culture coréenne gratuits, ouverts au public.
LE MONDE SELON ALBERT EINSTEIN
Hyperactif, malicieux et dysphasique, moqué par ses camarades mais soutenu par son grand-père et son chien Trouillard, le jeune Albert deviendra le grand EINSTEIN, Prix Nobel de Physique. On suit ce jeune garçon aux prémices de ses révélations, au moment où sa tête est remplie de questions. Il se sent différent et il l’est ! Il est un génie.
La mise en scène est simple et efficace, laissant place aux divers personnages interprétés avec brio par Sylvia Roux. La scénographie nous rappelle les classes d’antan avec leurs tableaux noirs en bois. Astucieuse ingénieuse que de projeter des dessins à la craie sur un 2eme tableau pour agrémenter l’histoire.
On a aussi presque vu HARIBO KIMCHI. Presque. Mais ça c’est une histoire qu’on racontera autour d’un verre 😉
Plus qu’un simple festival, Avignon continue d’incarner cette idée que le spectacle vivant permet de mieux comprendre le monde… et parfois de le regarder autrement.
Avignon IN : https://festival-avignon.com/?cat=1001
Avignon OFF : https://www.festivaloffavignon.com/

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