Busan n’est pas seulement la deuxième ville de Corée du Sud. Portuaire, internationale et profondément marquée par son identité maritime, elle possède également une scène culturelle particulièrement dynamique.
À l’occasion de mon séjour à Busan, je souhaitais découvrir cette ville à travers trois angles différents : le Busan Rock Festival, rendez-vous musical incontournable, le Busan Performing Arts Market (BPAM), consacré aux arts de la scène, et enfin la ville elle-même, son atmosphère et la manière dont elle fait cohabiter culture, création et vie quotidienne.

Busan International Rock Festival 2026 : trois jours au rythme du rock
Du 2 au 4 octobre 2026, le Busan International Rock Festival a investi le Samnak Ecological Park pour trois journées consacrées au rock sous toutes ses formes. Pour cette 27e édition, le festival réunissait 99 artistes coréens et internationaux, mêlant figures historiques, groupes indépendants et nouvelles générations de musiciens. Une programmation qui illustre la diversité des scènes rock en Asie et leur dialogue avec les artistes occidentaux.

Une programmation entre grandes figures internationales et scène coréenne
Parmi les têtes d’affiches figuraient Megadeth, The Libertines au niveau rock international.
La programmation faisait également la part belle aux artistes asiatiques, avec les Japonais de Suchmos, CreepHyp, Hitsujibungaku, HANABIE., AiNA THE END et Elephant Gym, groupe taïwanais. L’Australie était représentée par Spacey Jane, tandis que le Britannique Henry Moodie figurait également à l’affiche.
La scène coréenne occupait une place centrale. Parmi les artistes présents, on retrouvait notamment JANNABI, WOODZ, CNBLUE, N.Flying, Xdinary Heroes, LUCY, TOUCHED, IDIOTAPE, ADOY, Say Sue Me, Nerd Connection, Dragon Pony, HANRORO, KARDI, N.Flying, Peppertones, Lazybone, Broken Valentine et le cultissime Songolmae.
Cette diversité permettait de passer du rock alternatif à l’indie rock, du metal aux sonorités plus expérimentales, en passant par des formations mêlant rock et pop. Le festival ne se limitait donc pas aux têtes d’affiche internationales, mais offrait aussi un aperçu de la vitalité de la scène indépendante coréenne.
Au-delà des concerts
Le Busan International Rock Festival ne se résume pas à sa programmation principale. Avec le dispositif Rookies on the BU-ROCK, le festival met également en avant de nouveaux talents et leur offre une visibilité auprès du public et des professionnels. Des initiatives organisées à proximité, notamment à Sasang Indie Station, contribuent par ailleurs à prolonger l’expérience musicale au-delà du site des concerts.
Cette dimension locale est importante pour Busan, qui cherche à renforcer son identité de destination culturelle et musicale. Le festival participe ainsi à faire découvrir la ville autrement, en associant musique live, scène indépendante et vie des quartiers.
Nous y sommes allés le dernier jour, le dimanche, et nous avons été étonnés de la taille de ce festival. Il est gigantesque, plusieurs endroits du parc sont pris pour y placer les nombreuses scènes et les encore plus nombreux stands de nourriture. Petites différences avec chez nous : on ne peut pas s’assoir sur la terre dans la fosse en attendant un groupe. Etonnant ahah

BPAM 2026 : Busan au cœur des arts du spectacle vivant
Du 1er au 7 octobre 2026, Busan a accueilli la quatrième édition du Busan International Performing Arts Market (BPAM), un rendez-vous international consacré au spectacle vivant. Organisé par la Busan Cultural Foundation avec le soutien de la ville de Busan, l’événement réunit artistes, compagnies, producteurs et programmateurs autour d’un objectif commun : favoriser la rencontre entre les œuvres et les professionnels susceptibles de les accompagner et de les diffuser à l’international.
Sous le slogan A New Wave of Performing Arts, le BPAM propose une programmation mêlant théâtre, danse, musique, arts pluridisciplinaires et performances de rue. Les représentations se déroulent dans plusieurs lieux de la ville, notamment sur le campus Centum de l’université Dongseo, au Haeundae Cultural Center et au Busan Citizens Park. Le festival s’adresse à la fois aux professionnels du secteur et au grand public.

Des spectacles venus d’horizons différents
Le BPAM met en avant des créations aux formes et aux esthétiques variées, en accordant une place particulière aux nouvelles écritures scéniques, aux propositions expérimentales et aux jeunes artistes.
Parmi les spectacles internationaux présentés cette année figurait Nightwalks with Teenagers, du collectif canadien Mammalian Diving Reflex. Cette performance participative propose à des adolescents de guider des adultes dans la ville, en choisissant eux-mêmes les lieux et les parcours qu’ils souhaitent leur faire découvrir. Le spectacle transforme ainsi l’espace urbain en terrain de rencontre et invite le public à regarder la ville à travers le point de vue des jeunes générations.
La programmation comprenait également QUAD, Questions of Theatre: The Sound of Macbeth, une création de Kimara P. Group TAE inspirée de la tragédie de Shakespeare. Le spectacle explore le texte à travers le son, la lumière, le mouvement et la présence physique des interprètes, en privilégiant une approche sensorielle et poétique plutôt qu’une narration traditionnelle.
Ces propositions illustrent l’intérêt du BPAM pour des formes qui interrogent les conventions théâtrales et renouvellent la relation entre artistes, public et espace de représentation.
Une place importante accordée aux artistes émergents
Au-delà des spectacles officiellement invités, le BPAM cherche à faire découvrir la diversité de la création coréenne et à soutenir les artistes en développement.
Une partie de la programmation est consacrée aux nouvelles œuvres créées à Busan et aux projets portés par les artistes locaux. D’autres présentations mettent en lumière de jeunes créateurs dont les travaux témoignent d’un potentiel de développement. Les collaborations entre étudiants en arts du spectacle des universités de la ville participent également à cette dynamique.
Le festival investit par ailleurs les espaces publics avec des performances de rue organisées dans différents quartiers. Cette ouverture permet de toucher des spectateurs qui ne fréquentent pas nécessairement les salles de spectacle et de faire vivre la création artistique au-delà des lieux culturels traditionnels.
Un marché professionnel tourné vers l’international
Le BPAM ne se limite pas à un programme de représentations. Il constitue également un marché professionnel destiné à favoriser la circulation des spectacles et à développer de nouvelles collaborations.
Les compagnies peuvent y présenter leurs créations sous forme de spectacles complets ou de showcases, des formats plus courts permettant aux programmateurs de découvrir un projet avant d’envisager son accueil dans un festival ou une salle.
Des rencontres individuelles, des présentations de projets, des conférences et des temps de réseautage permettent aux artistes et aux producteurs d’échanger directement avec des professionnels coréens et étrangers. Ces rendez-vous peuvent ouvrir des perspectives de coproduction, de tournée et de diffusion internationale.
Pour les compagnies indépendantes, ce type de marché représente une occasion précieuse de présenter leur travail à des interlocuteurs qu’il serait parfois difficile de rencontrer autrement. Il permet également de mieux comprendre les attentes des différents territoires et les conditions nécessaires à la circulation des œuvres.

Busan : entre mer, culture et énergie urbaine
Deuxième plus grande ville de Corée du Sud, après Séoul, Busan occupe une place singulière dans le paysage coréen. Située au sud-est de la péninsule, au bord du détroit de Corée, cette grande ville portuaire associe plages, montagnes, quartiers historiques et architecture contemporaine. Plus décontractée dans son atmosphère que la capitale, elle possède une identité forte, façonnée par la mer, son histoire et son ouverture internationale.
Busan occupe également une place importante dans la vie culturelle sud-coréenne. Le Busan International Film Festival (BIFF), créé en 1996, est devenu l’un des grands rendez-vous cinématographiques d’Asie. Chaque année, il attire cinéastes, acteurs, producteurs et cinéphiles venus du monde entier.

Une ville tournée vers la mer
Le littoral constitue l’un des principaux attraits de Busan. La plage de Haeundae, connue pour son front de mer animé et ses hôtels modernes, contraste avec Gwangalli, dont la vue sur le pont Gwangan offre un décor particulièrement spectaculaire à la nuit tombée. Plus à l’ouest, Dadaepo propose une atmosphère différente, avec ses grands espaces côtiers et ses couchers de soleil.
Mais Busan ne se résume pas à ses plages. Son port, l’un des plus importants d’Asie, joue depuis longtemps un rôle essentiel dans le commerce international et dans les échanges entre la Corée et le reste du monde. Cette dimension maritime se retrouve dans la vie quotidienne, la gastronomie et l’identité de ses habitants.
Des quartiers aux identités contrastées
Parmi les lieux emblématiques de la ville, Gamcheon Culture Village est reconnaissable à ses maisons colorées construites à flanc de colline. Ancien quartier résidentiel marqué par l’histoire de l’après-guerre, il a connu une transformation progressive grâce à des initiatives artistiques et culturelles.
Le quartier de Nampo-dong et le marché de Gukje permettent de découvrir une autre facette de Busan, plus populaire et commerçante. À proximité, le marché aux poissons de Jagalchi témoigne de l’importance de la pêche et de la cuisine maritime dans la culture locale.
À l’inverse, Centum City illustre le développement contemporain de la ville, avec ses grands complexes commerciaux, ses équipements culturels et ses infrastructures dédiées aux événements internationaux. Cette juxtaposition entre quartiers anciens, espaces résidentiels et pôles modernes fait partie du caractère de Busan.
Une histoire marquée par la guerre et les migrations
L’histoire de Busan est étroitement liée à celle de la Corée contemporaine. Pendant la guerre de Corée, entre 1950 et 1953, la ville a accueilli de nombreux réfugiés et a constitué un centre essentiel pour le gouvernement sud-coréen durant une partie du conflit.
Cette période a profondément marqué son urbanisme et sa population. Plusieurs quartiers conservent les traces de cette histoire, notamment à travers leurs ruelles escarpées, leurs habitations modestes et leurs lieux de mémoire. Comprendre Busan, c’est donc aussi s’intéresser à une ville façonnée par les déplacements de population, la reconstruction et une croissance économique rapide.


Votre commentaire